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  • dimanche, septembre 17, 2006

    #12 BIS : 里美と倫子 (INTERLUDE)

    Une petite pause - poétique - entre ces très nombreux Posts consacrés à la montagne (souvenez-vous, il y en aura au moins un par jour jusqu'à la fin du SUPER QUIZZ), juste histoire de me livrer à un commentaire sur la petite oeuvre d'art que la belle 里美ちゃん a été assez gentille d'emmener dans ses valises au Japon cet été, afin de me la faire monter en "Kakejiku", autrement dit sous forme de rouleau, que connaissent bien les amateurs d'art oriental :

    Alors c'est bien joli, tout ça, mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ???
    Heureusement qu'en tant que professeur à l'E.N.M, j'ai un certain nombre d'élèves japonaises que j'ai pu faire "plancher" sur la question, sinon, je crois bien que je ne m'en serais jamais sorti tout seul...
    1) Première phase : déjà, décrypter le texte, et être capable de le retranscrire en caractères d'imprimerie, ce qui est peut-être l'étape la plus délicate (car ce genre de calligraphie, nommé "style d'herbe", apparaît comme la plus libre et la plus cursive de toutes). Après concertation de mes différentes sources, j'en suis finalement arrivé à :
    きみやこむ
    我やゆかむの
    いさよひに
    真木の板戸も
    ささず寝にけり
    soit, en bon français :
    Kimi ya komu
    Ware ya yukamu no
    Isayohi ni
    Maki no itato mo
    Sasazu ne ni keri.
    Pour ceux ou celles qui douteraient encore de l'énorme difficulté de la chose, il faut quand même savoir qu'un infâme gribouilli (NAAAAN, je plaisante...) comme celui-ci :

    ...est en réalité la libre interprétation, en style d'herbe, du caractère 寝. Je ne sais pas si vous voyez le rapport, mais personnellement, j'avoue que je sèche un tout petit peu, là...

    Soit dit en passant, pour les amateurs, vous pourrez remarquer au passage que la métrique de ce genre poétique nommé 和歌 ("Waka") est très proche de celle du 俳句 ("Haiku"), 5-7-5-7-7, au lieu de 5-7-5. De même qu'en Corée, les chiffres pairs ne sont pas très populaires au Japon, notamment du fait que le chiffre 4 (四, "Shi") se prononce exactement de la même façon que le mot "mort" (死, "Shi"), de sorte qu'il y a même là-bas certains hôtels particulièrement superstitieux où l'on passe directement du troisième au cinquième étage, LOL !

    2) Deuxième phase : comme il s'agit de japonais ancien (extrait de 古今和歌集, Kokinwakashû, "Anthologie d'anciens Wakas"), réussir à décrypter les tournures grammaticales particulièrement elliptiques, et surtout le vocabulaire, qu'à titre d'exemple je n'ai même pas pu trouver dans le CROWN, pourtant réputé comme le meilleur dictionnaire Franco-Japonais qui soit.

    3) Troisième et dernière phase : réussir à trouver une approximation non seulement potable, mais si possible aussi poétique en français, et alors là, ça n'est pas gagné du tout. La première traduction serait (en petit nègre) : "Toi tu viens (kimi ya komu), ou moi je vais (ware ya yukamu), mais dans le doute (Isayohi), je vais dormir toutes fenêtres ouvertes".

    En français standard, on pourrait oser : "Ne sachant plus si tu vas venir, ou si je dois aller à ta rencontre, j'ai préféré dormir toutes fenêtres ouvertes".
    Alors certes, c'est assez énigmatique (comme souvent, la poésie orientale), mais le problème, c'est qu'il y a des double-sens qui sont pratiquement impossibles à rendre dans une traduction (notamment "Isayohi", qui veut dire à la fois "hésiter" et "demie-lune"), comme tente de me l'expliquer ce mail de 倫子ちゃん :
    "C'est un WAKA d'une femme qui attend son amour. Je crois que cette époque-là, les femmes nobles devait attendre les hommes la nuit (pour faire l'amour ???) et si il vient trois jours à la suite, elle peut se marier avec lui. Donc elle veux aller chez lui, mais elle ne pouvait pas ! La porte (makido), c'est la porte pour signaler que elle est d'accord d'être avec lui. Donc si il n'est pas venu, cette femme était bien triste (j'imagine)".
    (Oui, je sais, il y a quelques petites fôtes, mais si je précise que cette élève n'est en France que depuis deux ans et qu'elle est capable de soutenir n'importe quelle conversation en français, vous allez rouler sous la table de honte !).

    Tentative (désespérée), donc, pour rendre au mieux le rythme et le sens du poème :
    Tu devais venir,
    Ou je devais y aller.
    La lune me fait douter,
    Du coup, toutes les fenêtres
    Ouvertes j'ai laissé.
    (Juste pour info : n'aimant pas les Blogs sans images, je me suis permis d'en balancer deux de trop, histoire de "meubler", comme on dit : la première - celle du cheval - est une extraordinaire calligraphie d'un peintre très célèbre en Chine (même si je suis à peu près sûr qu'il s'agisse d'une lithographie, vu le faible prix que je l'ai payée), la seconde est ma propre copie de l'un des des derniers tableaux de Tiepolo, la "Fuite en Egypte". Historiquement, ce tableau est assez important, car malgré ses dimensions très réduites, il indique que ce (dernier) vrai peintre baroque, mort l'année de la naissance de Beethoven (1770) et spécialisé dans les fresques monumentales à caractère allégorique (Würzburg, entre autres), s'orientait lui aussi vers la fin de sa vie vers un concept pictural tout à fait oriental, consistant à privilégier essentiellement le paysage au détriment des personnages, concept encore très sensible dans le Japon actuel, lire à ce sujet mon analyse du fabuleux film de Kitano, DOLLS).
    Bref ! Ne faites pas attention, c'était mon petit délire philologique nocturne de la rentrée. Je sais bien que ça n'intéressera pas grand monde (voire même que ça en fera fuir un certain nombre), mais quand j'ai une nouvelle oeuvre d'art à la maison, j'aime bien la faire partager, voilà tout.
    Ne vous inquiétez pas, dès demain je reprendrai ma chronique montagnarde (ainsi que le SUPER QUIZZ qui lui est associé) là où elle s'était arrêtée, autrement dit au #12.
    Qu'on se le dise !!!

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