À lire sur "Le Cinéma de Vincent" :
  • NEW : DIRTY HARRY
  • 2001, A SPACE ODYSSEY
  • FULL METAL JACKET
    À voir sur "Paris Archis" :
  • NEW : L'HÔPITAL (TER)
  • L'HÔPITAL (BIS)
  • L'HÔPITAL

  • À admirer sur "Sneakers & Buffalo" :
  • NEW : BOYS & GIRLS, LOL !
  • BUFFALO 2410-57 (#2)

  • samedi, juin 03, 2006

    GÉOMUSICOLOGIE

    Depuis toutes ces années que j'enseigne et pratique la musique (je ne compte même plus, d'ailleurs, je préfère dire maintenant que j'ai passé cinq années de ma vie à NE PAS jouer de piano), je n'avais jusqu'alors jamais été fichu d'expliquer clairement à mes élèves l'origine des termes "sixte napolitaine" et "tierce picarde", ce qui est certes moins important que leur compréhension exacte, mais tout de même... Aujourd'hui qu'Internet nous permet allègrement de parcourir une vingtaine de bibliothèques réputées en quelques minutes, j'annonce enfin avec fierté la réponse à ces deux questions cruciales (dommage que je n'y aie pas pensé plus tout, comme quoi, je ne suis pas encore aussi g33k que ça, finalement) !
    Commençons par la sixte napolitaine, pour laquelle l'explication est la plus limpide. Cette altération fameuse de l'accord du second degré sous son second renversement (si ce dont je parle vous semble du chinois, passez tout de suite à l'article suivant !) aurait été introduite, et par la suite abondamment employée par les musiciens de l'École de Naples (XVIIIe siècle), au nombre desquels Alessandro Scarlatti (1660-1725), le père du célèbre Domenico (1685-1757), mieux connu de nos jours.

    Comme on le voit, l'étymologie en est toute simple. Il n'en va pas de même en revanche pour la tierce picarde - terme apparu pour la première fois en 1767 sous la plume de Jean-Jacques Rousseau, mais ne faisant qu'entériner une pratique bien antérieure, remontant au quinzième siècle. Dans ce cas précis, trois hypothèses s'affrontent (ou plutôt, se complètent, en fait) :

    1) En vieux français ("françois"), le terme "picart" signifie "dièse". L'explication paraît donc logique, du moins pour la plupart des tons simples, c'est à dire sans dièse ni bémol dans l'intitulé : ré, mi, sol, la, si. Dans ces cinq cas, le fait d'ajouter un dièse (un picart) à la tierce de l'accord final transforme effectivement celui-ci (mineur) en accord majeur, avec la sentation (comme dit poétiquement sur l'un des sites - anglais - visité) "d'un rayon de soleil illuminant subitement un ciel chargé de nuages".

    2) Ce final majeur aurait été caractéristique des musiciens du nord (soit, à l'époque, de la Picardie aux Flandres, sans passer par la case Bretagne), à commencer par le fameux Josquin des Prés, Josquinus Pratensis (1440-1521).

    3) Dernière explication, ma préférée (qui contredit pourtant la célèbre "théorie du rasoir d'Ockham (1290-1349)", selon laquelle l'hypothèse la plus simple a toute les chances d'être la meilleure) : sur certaines grandes orgues, et particulièrement celles comportant des jeux de 32 pieds (soit des tuyaux de 10 mètres, autrement dit qu'on ne trouve que dans de grandes cathédrales, comme c'est le cas en Picardie), il peut souvent s'avérer que l'harmonique naturelle de tierce majeure soit si forte qu'à l'occasion d'un accord longuement soutenu, comme d'usage dans un final, elle provoque un conflit insupportable pour l'oreille avec l'harmonique artificielle de tierce mineure, pourtant plus logique, de sorte que les organistes auraient, pour ainsi dire instinctivement, pris pour habitude de substituer l'une à l'autre lors des accords conclusifs.

    (Photo prise à Notre Dame de Paris, depuis le sommet des tuyaux de 32 pieds, pour donner une petite idée)

    La raison pour laquelle je trouve cette théorie tout à fait crédible, c'est que je possède une version de l'ART DE LA FUGUE de Bach par Kei Koito sur l'orgue de Bordeaux (collection Tempéraments de France Musique, à recommander très vivement), où dans l'une des pièces - le Contrapunctus XII - l'harmonique de tierce du bourdon de 16' est tellement puissante qu'elle passe par-dessus la fondamentale, en créant un réel sentiment de malaise.

    Concluons cet article un peu trop "technique" (sorry !) en faisant l'éloge d'un site fort bien conçu, le Cours d'harmonie de Michel Baron, sur lequel vous pourrez tout à loisir, et d'une façon extrêmement claire et abondamment illustrée (partitions ET extraits musicaux), approfondir vos connaissances en harmonie sans vous perdre dans les méandres de traités obsolètes et inutilement compliqués.

    RHOOOOH, ça fait toujours du bien de se coucher aujourd'hui moins con que la veille, dont you think ?

    (Ne vous inquiétez pas au sujet du petit truc rose qui clignote en haut de ce Blog, c'est juste une petite pub provisoire pour la Miss De Tougarinov, qui ma foi organise un concours photo bien sympa sur son site GIRLYGADGET, à l'adresse http://www.girlygadget.fr/. N'hésitez pas à y participer, vous aurez au moins une chance de gagner l'un des superbes T-Shirts de la marque INKMYSOUL) !

    Libellés :

    4 Comments:

    Anonymous Anonyme said...

    Et bah voila

    lundi, 05 juin, 2006  
    Blogger Touille said...

    bigre, je me sens presque trop intelligente maintenant ! Heureusement que je n'ai toujours aucune idée de ce comment sonne cette fameuse sixte napolitaine. Tout ce que je sais c'est que ça me donne faim (donc mes neurones n'ont pas encore trop évolué, ouf !)

    mardi, 06 juin, 2006  
    Blogger Buffaddict said...

    M'enfin ! L'une des plus belles sixtes napolitaines qui existe, c'est celle (vraiment typique) qui précède la dernière cadence de piano, juste avant l'entrée du violoncelle, dans l'ARPEGIONE de Schubert... C'est une "couleur" qui ne s'oublie pas, non, normalement ?

    mercredi, 07 juin, 2006  
    Blogger Touille said...

    Pas taper, pas taper !

    Je crois que je vois ce que tu veux dire (enfin j'imagine) mais je me la referai jouer pour plus de sûreté. Pas facile de vivre avec une passoire au-dessus du cou !

    mercredi, 07 juin, 2006  

    Enregistrer un commentaire

    << Home