À lire sur "Le Cinéma de Vincent" :
  • NEW : GRAN TORINO
  • DIRTY HARRY
  • 2001, A SPACE ODYSSEY
  • À voir sur "Paris Archis" :
  • NEW : L'HÔPITAL (TER)
  • L'HÔPITAL (BIS)
  • L'HÔPITAL

  • À admirer sur "Sneakers & Buffalo" :
  • NEW : BOYS & GIRLS, LOL !
  • BUFFALO 2410-57 (#2)

  • mardi, avril 11, 2006

    TROP CLASSE !

    Comme je suis en ce moment en train de dévorer un livre un peu ardu, mais des plus passionnants, sur Stanley Kubrick (Films & Fictions de Stanley Kubrick, Jordi Vidal, éditions Allia), que m'a offert une petite princesse syrienne de mes amies, ça m'a donné subitement une furieuse envie de revoir ce chef d'oeuvre absolu que représente 2001 ODYSSÉE DE L'ESPACE, et bien que ça soit (au bas mot) la dixième fois, l'émotion de la première vision s'avère toujours intacte, et l'on ne ressort jamais complètement indemne de ce film d'une beauté hallucinante du premier jusqu'au dernier plan, qui plus qu'un film, d'ailleurs, est en réalité une "expérience", de même que lorsque l'on découvre pour la première fois une symhonie de Mozart ou de Mahler.
    On ne peut mieux dire que le maître lui-même, qui adorait la musique classique à un point inimaginable : "J'ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l'entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l'inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J'ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique ; "expliquer" une symphonie de Beethoven, ce serait l'émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l'appréciation. Vous êtes libre de spéculer à votre gré sur la signification philosophique et allégorique du film, mais je ne veux pas établir une carte routière verbale pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre sous peine de passer à côté de l'essentiel".

    On y retrouve bien sûr le perfectionnisme du maître dans les moindres détails, que certains taxent de maniaquerie ou d'intellectualisme (mais comme le disait déjà Schönberg à qui l'on faisait le même reproche : "j'aime autant composer comme un intellectuel que comme un imbécile" !). Un exemple au hasard, ce plan parfait de la panthère, que Kubrick a certainement dû tourner un nombre incalculable de fois, jusqu'à ce que les yeux reflètent au moment précis "M" la lumière du soleil dans l'axe de la caméra :

    Le fameux monolithe, qui a fait couler tant d'encre... Est-ce Dieu ? Ou non ? Ou peut-être un peu ? (Kubrick lui-même n'a d'ailleurs jamais souhaité souhaiter donner d'interprétation très claire à ce sujet, et on peut supposer qu'il préférait lui aussi laisser la porte ouverte à une multitude d'interprétations).

    Quoi qu'il en soit, c'est bien suite à l'apparition du fameux monolithe que les singes découvrent la "technologie", autrement dit, l'art d'utiliser un objet - pas anodin, du reste, l'os - pour un autre usage que sa destination initiale. Encore un exemple de la "maniaquerie" de Kubrick : en accompagnant cette scène extraordinaire par le non moins extraordinaire ALSO SPRACH ZARATHOUSTRA de Richard Strauss, il s'est débrouillé pour que le moment crucial de cette "découverte" révolutionnaire coïncide avec la première modulation en Fa Majeur du thème, en décuplant pour ainsi dire l'effet sur le spectateur (il utilisera par la suite cette technique dans la scène finale de BARRY LINDON, en la poussant à son degré de perfection absolu).

    Et bien évidemment, surtout à l'échelle de l'univers, il n'y a qu'un pas pour passer du silex à l'internet, comme le démontre Kubrick par le raccourci sans doute le plus célèbre (et le plus génial, il faut bien l'admettre) de toute l'histoire du cinéma : lancé vers l'espace, l'os amorçant sa descente se transforme subitement en un vaisseau spatial de même taille apparente sur l'écran :


    Une des choses les plus hallucinantes, dans ce film qui a tout de même presque quarante ans (1968), c'est qu'absolument RIEN n'a vieilli, qu'il s'agisse de la conception des vaisseaux, des voyages dans l'espace et même, plus rare, des ordinateurs (pour tout dire, même celui d'un de mes films préférés, ALIEN (1979), "Mother", fait carrément rigoler à côté, avec ses petites lumières qui clignotent dans tous les sens). À noter pour la petite histoire : cet ordinateur (si dangereux qu'il est même capable de lire sur les lèvres !) se prénomme HAL, lettres qui correspondent étrangement à un géant de l'informatique si on les déplace d'un cran dans l'ordre de l'alphabet.

    Même les effets spéciaux de la phase visuellement la plus bluffante du film (l'arrivée sur Jupiter) n'ont pas vieilli d'un iota, alors qu'ils reposent presque uniquement sur des trucages à base de flaques d'huiles, de solarisations, et surtout d'un montage extrêment rusé et nerveux. Voilà, c'est le génie à l'état pur, il n'y a pas de mot pour décrire cette séquence magique, dont l'impact est tel que l'on a encore les yeux qui clignotent en sortant du cinéma, alors qu'elle ne représente que cinq minutes de ce film de deux heures vingt :






    Pour conclure avec les deux scènes les plus déroutantes du film, celles qui ont découragé dès le départ même les spectateurs les plus assidus, les scènes "au-delà de l'univers", et qui donc, selon une logique Einsteinienne, n'obéissent plus aux mêmes lois temporelles. Voici pourquoi le cosmonaute se voit, dans le même instant, adulte, vieillard, puis foetus, le fameux "foetus astral" qui a donné son titre à un livre entier consacré à ce film (Jean-Paul Dumont et Jean Monod, Christian Bourgeois éditeur, très ardu, car très orienté sémiologie comme c'était la mode à l'époque, mais tout aussi passionnant que le premier sus-cité). On peut même voir ces ultimes scènes comme une "Cène" à proprement parler (comme le suggère l'étonnant site The space odyssey explained), avec toute la symbolique implicite des plans montrant longuement le verre qui se brise, alors que le vin demeure (le contenant - le corps - disparaît, alors que le contenu - l'esprit - demeure à jamais). On rejoint ici des thèmes rarement abordés au cinéma, et pour cause : l'absence de temporalité, les univers parallèles et coexistants, l'analogie de structures entre l'infiniment petit et l'infiniment grand.



    Bref, je suis HEU-REUX ! Deux heures et demi de pur bonheur visuel, musical et intellectuel, ce n'est pas tous les jours qu'on a droit à ça au cinéma ! Plus deux bonnes heures pour extraire les photos, les compresser en jpeg, les charger sur le site, écrire le texte (vous avez vu, c'est moins bâclé que d'habitude, je vous épate, là, lol !)... bref, au total, pas loin de cinq heures dans la navette spatiale, un vrai voyage sans bouger de chez soi !

    Kubrick reconnaissait par ailleurs que la plupart des cinéates se souciaient très peu de la forme, en n'essayant presque jamais de sortir de la structure narrative habituelle. Et il est vrai qu'à part Cronenberg, Lynch et Tarentino, bien rares sont les exemples de tentatives novatrices en ce domaine (mais c'est un art jeune, comparativement à la musique : il faut donc peut-être tout simplement laisser du temps au temps, avant qu'apparaissent les futurs Beethoven, Berlioz, Liszt ou Schönberg du cinéma)...

    Dernier exemple de cette modernité : le film débute par trois "vraies" minutes d'écran noir, seulement accompagnées par le REQUIEM de Ligeti, phénomène qui se reproduit par la suite exactement à l'identique à 1h24' (entracte), on imagine le "flip" dans un vrai cinéma ! Et le meilleur critère de cette modernité, c'est que ces six minutes sont toujours systématiquement (et sauvagement, il faut bien appeler les choses par leur nom) coupées lors des rares diffusions TV de ce film, sauf par ARTE, inutile de le préciser... Un film qui fait encore peur près de quarante ans après sa sortie, et bien moi, je dis (comme Schumann à l'égard de Chopin) : "Chapeaux bas, messieurs. Un génie !".

    Quelques (bons) liens pour en savoir plus : trois descriptions et analyses assez fouillées sur SF Story, sur DvdClassik et sur Objectif cinéma, ainsi qu'un quatrième site tout à fait surprenant (The space odyssey explained, à l'adresse http://kubrick2001.com/), qui nous résume en dessin animé les quatre grandes parties du film, avec de petites explications qu'on peut trouver anodines au début, mais qui en réalité sonnent souvent juste et pointent pas mal de pistes intéressantes, notamment en ce qui concerne l'évolution de l'homme, l'outil et la technologie (avec en plus, un bon choix de langues à la clef, y compris le japonais).

    Si j'ai pu donner envie, ne serait-ce qu'à une seule personne, d'aller de toute urgence louer ou acheter ce chef d'oeuvre absolu... et bien voilà, c'est toute la justification du temps passé sur ma petite machine chérie (faudra que je pense à lui donner un prénom, un de ces jours...). LOOOOL !!!

    Libellés :

    4 Comments:

    Blogger Touille said...

    Je proposerais bien GZK, comme prénom, mais je reconnais que c'est un peu compliqué à prononcer.

    mardi, 11 avril, 2006  
    Blogger Buffaddict said...

    Oh, va savoir... Y a bien quelqu'un en Serbie ou en Croatie qu'est capable de prononcer un truc pareil (je me souviens d'une île sur la côte adriatique, dont le nom n'est formé que de consonnes) !!!

    mercredi, 12 avril, 2006  
    Anonymous Psykotronik said...

    2001 demeure en effet, après 40 ans, un film impressionnant (je crois que c'est mon préféré, avec Vertigo de Hitchcock et Orange Mécanique du même Kubrick). Le film est incroyablement ambitieux, et Kubrick arrive à atteindre son ambition : on a vraiment l'impression que le film est réalisé par une entitée qui est "au dessus" de l'être humain.
    Philosophique, poétique, cynique, glacial, intellectuel, psychédélique, surréaliste, expérimental, scientifique ; voila comment on peut caractériser 2001 l'odyssée de l'espace.

    P.S. : petite réaction intolérante : tous ceux qui trouvent le film chiant à mourrir (surtout certains soit-disant cinéphiles) n'ont qu'à s'acheter un cerveau et une sensibilité.

    dimanche, 23 avril, 2006  
    Blogger VincentTheOne said...

    Bien, bien la petite réaction intolérante... En réalité, je n'en pense pas moins, mais c'est vrai que je peux difficilement agresser d'emblée les gens qui passent sur mon blog (c'est le rôle des commentateurs, lol) !
    Mais en tout cas, c'est bien vu : car moi aussi, je suis souvent assez scié de voir que certaines personnes, qui ont par ailleurs très bon goût en matière de cinéma, soient complètement réfractaires (ce qui s'admet) voire injurieuses (ce qui s'admet déjà moins) envers ce pur chef-d'oeuvre.
    Orange Mécanique, je viens de le revoir pas plus tard que ce soir, et dans un tout autre genre, c'est également grandiose... Mais moi, mon Kubrick préféré, c'est Eye's Wide Shut (qui soit dit en passant, si vous êtes attentifs à la "forme", est basé sur la même double structure en miroir que Orange Mécanique, et à mon (humble) avis avec un degré de maîtrise qui ne frise même pas la perfection, qui EST la perfection, tout simplement)...
    Et dire que demain, j'ai deux copines qui viennent à la maison voir 2001 sur grand écran avec le "gros" son, et que ça ne me fatigue même pas de le revoir à si peu de jours d'intervalle. C'est ça, la classe !
    Kubrick, c'est le J.S.Bach du cinéma. En résumé.

    dimanche, 23 avril, 2006  

    Enregistrer un commentaire

    << Home