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  • lundi, juin 27, 2005

    VISAGES DE L'ALTO

    Instrument longtemps relativement méconnu, ou mal apprécié à sa juste valeur, l’alto – ou violon alto, en réalité un magnifique instrument – méritait assurément qu’on lui consacre pour une fois un concert "dédié", d’où ce projet "Visages de l’Alto", où nous allons tenter d’illustrer, au travers d’œuvres de différentes époques, les multiples facettes qu’a pu recouvrir cet instrument.
    On l'appelait autrefois quinte de violo, violon ténor, taille ou haute-contre. Il semble être apparu au cours du quinzième siècle avec des tailles de corps très variables, caractéristique qu'il a conservée depuis, puisque qu'il peut encore varier de 38 à 45 cm.
    Cette variabilité est sans doute grandement due à l'ambiguïté de sa position. En effet, alors que la famille des violes comptait autrefois sept instruments (pardessus de viole, dessus de viole, viole de gambe alto, viole de gambe ténor, basse de viole de gambe, grande basse de viole de gambe, contre basse de viole de gambe), la famille des violons n'en compte désormais plus que trois (violon, alto et violoncelle). Et si le violoncelle et le violon sont respectivement la basse et le dessus de la famille, l'alto, lui, se doit de couvrir potentiellement toutes les tessitures intermédiaires (alto et ténor), ce qui n’est pas chose facile.
    1) Franz Schubert (1797-1828), Sonate Arpeggione en la mineur, Deutsch 821
    Par le plus grand des hasards, il se trouve que la première œuvre de ce concert, fer de lance des altistes comme des violoncellistes, n’a justement pas été écrite à l’origine pour l’alto, mais pour l’arpeggione, instrument hybride à six cordes frottées, accordé comme une guitare.
    Cet instrument fut inventé en 1823 par le luthier Johann Georg Staufer, mais n'a eu que très peu de succès, sa tenue étant particulièrement malcommode, sans compter la présence des six cordes, rendant le jeu à l'archet extrêmement délicat.
    La fameuse sonate pour l’instrument en question, écrite par Schubert à Vienne en novembre 1824 (mais publiée seulement en 1871), probablement à la demande de Vincent Schuster, virtuose de l’arpeggione, est exactement contemporaine de son célèbre quatuor La Jeune Fille et la Mort, et fut composée alors que le musicien souffrait déjà d'un stade avancé de la syphilis (les premiers signes remontent à 1822), avec des épisodes dépressifs de plus en plus fréquents.
    Le premier mouvement, Allegro Moderato, avec son mythique thème en la mineur exposé tout d’abord au piano solo, est sans doute l’un des plus beaux, des plus riches et des plus variés de toute la musique de chambre de Schubert. L’invention y est perpétuelle, et ne lasse absolument jamais, mettant cependant à très rude épreuve l’altiste, alors que le piano se borne pour sa part à un simple rôle d’accompagnement - certes très délicat, comme toujours chez le compositeur. Ibidem pour le second mouvement Adagio, une vaste méditation heureuse et apaisée en mi majeur, dont la conclusion laisse cependant planer une ombre inquiétante et mystérieuse, juste avant l’enchaînement sans transition du troisième mouvement Allegretto, un rondo basé sur un thème typiquement autrichien, sorte de danse paysanne joyeuse et bucolique (le refrain), tandis que les couplets, plus âpres, semblent exprimer une sorte de rage combative, obstinément soutenue par les doubles croches haletantes de l’alto.
    Ce qui apparaît très caractéristique ici, comparativement aux autres œuvres en duo de Schubert (la Fantaisie pour violon et piano, par exemple, ou les Variations pour flûte et piano), c’est le rôle presque exclusivement accompagnateur dévolu au clavier, qui à l’exception de trois petits soli (deux dans le premier mouvement et un dans le troisième), se comporte exactement comme dans son abondante œuvre vocale, comme si toute cette sonate n’était qu’un vaste lied développé, avec l’alto presque plus "voix d’alto" que simple instrument soliste. Une vraie rareté dans la littérature !
    2) Franz Liszt (1811-1886), Trauergondel (La Lugubre Gondole)
    Composée en 1882, alors que Liszt, après une carrière mouvementée de soliste et de libertin, avait fini par se retirer à Rome pour prendre les ordres mineurs et se consacrer presque exclusivement à la composition d’œuvres religieuses, cette pièce est l’une des plus expérimentales du compositeur, au sens où elle entrouvre déjà par moments la porte à une certaine forme d’atonalité, pour la première fois, peut-être, dans toute l’histoire de la musique. Originalement, cette pièce existe en deux versions pour le piano solo : Trauergondel N°1 et Trauergondel N°2, la première si possible encore plus déroutante que la seconde. Preuve de son intérêt, Liszt a jugé bon de livrer encore deux autres versions de la seconde : l’une pour violoncelle et piano, l’autre – celle que nous entendrons ce soir – pour alto et piano.
    Selon les propres dires de Liszt, l’œuvre se présente comme une songerie fantasmée autour de la mort et de l’enterrement vénitien de son gendre et ami Richard Wagner (sinon que Wagner ne mourra, effectivement à Venise, que l’année suivante !). Elle se divise en quatre parties : la première, très sombre, qui semble imager les derniers préparatifs du deuil, puis le lancement de la gondole funéraire, sur un rythme lancinant de croches obstinées ; la seconde, "angélique", si l’on peut dire, où la succession d’accords majeurs/mineurs ouvre néanmoins l’horizon vers une sorte de possible paradis ; la troisième, très noire et désespérée, qui reprend avec véhémence le thème principal de la première partie ; enfin, la quatrième (peut-être la plus étonnante et la moins tonale), qui conclut sur une note erratique, à la limite du son et du silence.
    3) Robert Schumann (1810-1856), Märchenbilder Op.113
    Première œuvre de ce concert véritablement destinée à l’alto, ce cycle de quatre courtes pièces fut écrit au rythme trépidant d’une pièce par jour, du premier au quatre mars 1851, soit à peine trois années avant sa tentative (avortée) de suicide dans le Rhin. Comme son titre l’indique, il s’inspire de l’univers des contes de fées, ce qui peut sembler idyllique vu du côté français, mais qui en version germanique se rapproche davantage de l’univers des frères Grimm, bien plus terrifiant et sanguinolent, ce qui apparaît très sensible dans les pièces N°2 et (surtout) N°3, sortes de courses à l’abîme et de chevauchées éperdues typiques du compositeur. Par une sorte de contraste très étonnant, la première pièce déroule une lente mélopée en ré mineur très étrange (qui finit vite par se transformer en "dialogue de sourds" au bout d’un moment, tant l’alto et le piano semblent converser presque sans s’écouter, en reprenant des phrases similaires de façon totalement décalée), tandis que la quatrième pièce conclut fort heureusement très bien l’ensemble par une berceuse éthérée, cependant non absente elle aussi de "bizarreries" dans les interventions de l’alto dans la partie médiane (sans même parler de la coda extrêmement inattendue) !
    Ces pièces furent dédiées à son ami Joseph von Wasielewski (premier violon de l'orchestre de Düsseldorf, orchestre que dirigeait alors Schumann). Éditées un an plus tard, elles ne furent créées que l’année suivante, en novembre 1853, par le dédicataire - excellent altiste également - et la femme du compositeur, Clara, au piano.
    4) Paul Hindemith (1895-1963), Trauermusik
    Assez méconnu en France, ce compositeur très populaire outre-Rhin fut l’altiste du quatuor Amar de 1921 à 1929, ce qui explique l’abondance de sa production dédiée à l’instrument. Dès 1927, il fut nommé professeur de composition au conservatoire de Berlin, puis en Suisse en 1938, où il émigre devant la poussée du nazisme. Il part ensuite aux États-unis où il enseigne à l'université de Yale, comme professeur de composition, de 1940 à 1953. Il y obtient la nationalité américaine en 1948, avant de rentrer finalement en Europe où il s'établit en Suisse, pour y occuper la chaire de musicologie à l’université de Zurich de 1951 à 1953.
    Comme le précise la dédicace :
    Dieses Stück wurde am 21. Januar 1936 in London, am Tage nach dem Tode König Georges V. von England, geschrieben und vom Englischen Rundfunk (BBC) am 22. Januar in einem Gedächtniskonzert zum ersten Mal aufgeführt, wobei der Komponist den Solopart spielte.
    (Cette pièce fût écrite le 21 janvier 1936 à Londres, le jour suivant la mort du Roi d’Angleterre Georges V, et interprétée pour la première fois le 22 janvier lors d’un concert commémoratif de la BBC, avec le compositeur à l’alto).
    Autrement dit, il n’a fallu qu’une seule journée à Hindemith pour l’écrire, et une seule autre pour l’apprendre par cœur et la mettre au point, ce qui relève tout de même de l’exploit, d’autant plus que l’œuvre, bien que fort courte, apparaît comme une vraie réussite.
    Sans rentrer dans les détails de la construction, assez complexe, disons qu’il s’agit d’une courte série de trois variations sur deux thèmes, l’un original - une courte cellule, seconde + quarte, exposée dès le début à la basse -, l’autre dérivé du fameux (parce qu’ultime choral de Bach), Für deinen Thron tret’ hier hiermit, lequel conclut l’œuvre de façon splendide et très habile, car on y reconnaît fort bien la synthèse des deux styles, celui de Hindemith et celui de Bach.
    En guise de conclusion, précisons d’ailleurs que ce dernier ne rechignait guère à assurer les parties d’alto dans ses œuvres orchestrales (de même que Mozart), preuve assez évidente de la position privilégiée de l’instrument au centre de l’orchestre, à une place stratégique qui lui permettait ainsi d’avoir une image sonore de la formation presque équivalente à celle du chef.

    Text by : Vincent LAJOINIE.

    Emmanuel RAYNAUD, alto :
    Après un Premier Prix du Conservatoire de Clermont Ferrand, Emmanuel Raynaud rentre au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans les classes d’alto et de musique de chambre de Serge Collot et Jean Mouillère. Après deux Premiers Prix, il part se perfectionner auprès de Youri Bashmet puis des membres du Quatuor de Cleveland.
    Invité en Hongrie à participer à des concerts de musique de chambre, il rencontre Vilmo Tatraï avec qui il approfondit le répertoire du quatuor. Il y joue dans "Le Salon de Musique de Joseph Haydn". Il participe aux festivals Gampel de Portland (USA), Darmstadt, Francfort (Allemagne), Köszeg (Hongrie), Évreux avec notamment Jean Mouillère, Pierre-Alain Volondat, et participe régulièrement à des festivals en Serbie et en Roumanie.
    Parallèlement à ses activités d’instrumentiste, il enseigne au Conservatoire Municipal Francis Poulenc.

    Vincent LAJOINIE, piano :
    Après des études à l’Ecole Normale Supérieure de Musique de Paris et au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Vincent Lajoinie obtient deux Premiers Prix en esthétique (classe de Rémy Stricker) et en accompagnement (classe de Jean Koerner). Invité au Festival de Musique Contemporaine d’Epinal et au Festival Musique-Action International de Nancy, il crée plusieurs œuvres d’artistes contemporains. En tant que soliste, il se consacre surtout par prédilection aux œuvres ultimes de Johannes Brahms et de Franz Liszt.
    Ses goûts éclectiques le poussent aussi à s’intéresser à la chanson française. Il a orchestré entre autres Les Feuilles mortes (Kosma), La Mer (Trenet), Quand on n’a que l’Amour (Brel) pour la soprano Françoise Pollet (Disque ACCORD 205522).
    Il est aussi l’auteur d’une monographie sur La vie et l’Œuvre d’Erik Satie, parue aux éditions l’Âge d’Homme, des ouvrages Le Basson n’est pas contagieux & Le Ténor provoque des Maladies Graves, ainsi que d’un roman sur le compositeur Louis Marchand, L’Ivre d’Orgue, paru en 2006 aux éditions Van de Velde (plus d'infos ici).
    Depuis 1982, il est professeur de déchiffrage et d’accompagnement au piano à l’Ecole Normale Supérieure de Musique de Paris, et enseigne également depuis 1998 au Conservatoire Francis Poulenc.

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    1 Comments:

    Anonymous Fabienne said...

    Sympa le programme!

    mardi, 06 février, 2007  

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